La Côte d'Ivoire a remporté quatre matches sur quatre et court pourtant le risque de devoir s'incliner à la Coupe d'Afrique des Nations. Vous devez être confiant ?
Nous nous sentons très bien. Nous sommes conscients de nos forces et de notre potentiel. L'équipe s'améliore à chaque rencontre alors nous abordons cette demi-finale en toute confiance. Et nous savons que nous avons une très bonne équipe qui peut vaincre le Mali.
Les Éléphants seront les grands favoris face à une équipe du Mali qui a déjà défié tous les pronostics. Y a-t-il un risque lié à l'excès de confiance ?
Je ne pense pas que nous serons les grands favoris. Je crois que le Mali a toutes ses chances également. C'est une équipe très solide et il n'y a pas de raison de les sous-estimer. Ils ont obtenu un résultat fantastique en quart de finale, en battant l'un des co-organisateurs devant son public. Il ne faut pas l'oublier : le Gabon avait gagné tous ses matches, c'est une équipe en nets progrès, mais ils n'ont pu marquer qu'un seul but contre le Mali.
Avez-vous regardé le match entre le Mali et le Gabon ?
Bien sûr que oui. J'ai été très impressionné par l'organisation du Mali. Ils défendent bien et ont aussi des joueurs rapides en attaque. C'est un adversaire particulièrement redoutable. Mais lorsque vous êtes en demi-finale d'une compétition comme celle-là, vous savez que vous aurez un match difficile à jouer. Les demi-finalistes sont forts tous les quatre. Ils méritent tous leur place. Donc il ne tient qu'à nous de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous qualifier.
L'un des hommes-clés du Mali est Seydou Keita, votre ancien coéquipier à Barcelone. Attendez-vous avec impatience votre duel en milieu de terrain face à lui ?
À Barcelone, c'était mon collègue mais aussi mon ami. Seydou est un très bon joueur et une personne très modeste. C'est quelqu'un qui est resté simple et qui a un caractère facile. Sur le terrain, il joue toujours juste. Donc, oui, j'ai hâte de croiser son chemin. Ça va être une bagarre formidable. Mais ce n'est pas leur seul bon joueur. Il faudra faire attention à Modibo Maiga en attaque. Ils ont beaucoup de jeunes joueurs dynamiques.
Est-ce qu'il sera important de couper la circulation du ballon entre Keita et les attaquants ?
Je ne crois pas que nous devrons trop nous focaliser sur un joueur en particulier. Avec la sélection nationale, nous essayons toujours de nous concentrer sur notre propre jeu et d'imposer notre style au match. C'est ce que nous allons essayer de faire en demi-finale : jouer notre meilleur football et donner absolument tout pour gagner le match.
La Côte d'Ivoire a subi de cuisantes défaites dans les derniers tours de la CAN ces dernières années. À quoi ressemble l'ambiance dans les vestiaires en comparaison de celle des années passées ?
Je pense que l'état d'esprit de l'équipe et le niveau de concentration dans les vestiaires sont les mêmes cette année que lors des tournois précédents. La différence, c'est que nous avons plus d'expérience aujourd'hui. Nous avons été sortis en quart de finale et en demi-finale auparavant, mais nous avons tiré des leçons de ces expériences. Nous ne répèterons pas les mêmes erreurs. Nous devrons faire preuve d'intelligence, peut-être d'un peu de patience, et puis il faudra être impitoyables dès que nous aurons une opportunité de marquer.
L'Égypte et l'Algérie vous ont sortis par le passé. Êtes-vous soulagé de voir qu'il ne reste plus d'équipe d'Afrique du Nord suite à la défaite de la Tunisie face au Ghana ?
C'est très intéressant de voir la façon dont le football se développe en Afrique. L'Égypte et l'Algérie n'étaient pas qualifiées pour cette phase finale, le Ghana a éliminé la Tunisie et le Gabon a réussi à battre à la fois le Maroc et la Tunisie en phase de poules. Pourquoi la situation a t-elle été plus difficile pour les équipes d'Afrique du Nord cette année ? Je crois que c'est parce qu'il y a beaucoup de bonnes équipes désormais. L'équipe du Gabon a montré qu'elle était forte et talentueuse mais elle a aussi fait preuve d'une grande finesse tactique. Peut-être que des équipes comme l'Égypte ont joué de façon plus intelligente que leurs adversaires par le passé, mais les autres ont comblé leur retard et se montrent plus malins.
La plupart des gens attendent une finale entre la Côte d'Ivoire et le Ghana. Est-ce que la Zambie et le Mali ont leurs chances ?
La plupart des gens se trompent ! On ne peut pas dire que la Zambie et le Mali n'ont aucune chance. J'ai déjà parlé du Mali. La Zambie a démontré qu'elle était une grande équipe. Ils ont été impressionnants jusqu'ici ! Leurs joueurs ne sont peut-être pas très connus mais ils savent vraiment jouer collectivement. Ils ont un vrai jeu d'équipe avec quelques attaquants très doués et vifs. Je pense que ceux qui éliminent d'emblée la Zambie ne l'ont pas vu jouer.
Vous avez été élu homme du match lors du quart de finale en délivrant une passe décisive à Didier Drogba et en marquant grâce à un superbe coup franc. On dirait que vous avez emporté la forme qu'on vous connaît à Manchester City jusqu'en Afrique.
Si j'ai bien joué, c'est parce que mes amis ont bien joué et qu'ils m'ont aidé sur le terrain. Nous avons été très solides en n'encaissant aucun but lors des quatre derniers matches et nous nous montrons dangereux. Bien entendu Didier est là et il joue bien, mais les autres gars comme Salomon Kalou, Gervinho et Max Gradel jouent également leur rôle. J'essaie de faire de mon mieux mais si nous voulons remporter cette compétition, nous devons tous jouer bien.
Avec la Côte d'Ivoire et Manchester City en lice pour des trophées, commencez-vous à songer que 2012 pourrait être une année exceptionnelle pour Yaya Touré ?
Je l'espère. La CAN et le championnat anglais sont mes deux objectifs. Nous sommes encore premiers en Angleterre et ici tout se passe bien pour le moment. Espérons que les bons résultats continuent.
Vous faites défaut à Manchester City qui a obtenu quelques résultats décevants depuis votre départ. Comment gérez-vous le fait d'être si loin ?
J'ai été vraiment stressé. Ce n'est pas facile de laisser les copains à un moment décisif, quand s'annoncent plusieurs grands matches contre Manchester United, Liverpool et Tottenham. Ces matches vous filent la chair de poule. J'ai été angoissé en les regardant. Mais la bonne nouvelle, c'est que nous avons obtenu une victoire précieuse contre Fulham et que nous sommes toujours premiers. Je voudrais simplement être sûr que ce sera encore le cas à la fin de la saison. Je fais confiance aux gars parce que l'équipe compte tellement de bons joueurs capables de remporter les matches comme Silva, Nasri, Aguero et même Balotelli. Notre destin est entre nos mains donc il faut garder l'espoir.